L’ardeur / Le Printemps des Poètes

j’ai frappé l’horizon
de mes ailes bleues
le ciel s’est enflammé

 

ARDEUR, en lettres capitales, parce que c’est capital, c’est aujourd’hui.
C’est un nouveau printemps, qui s’est promis d’être ardent.

***

Le mot est vibrant, le mot est déjà grand, peint à l’arraché sur tous les murs du monde. Il passe, anonyme, le regard soudain captif. Il cherche, fouille la mémoire, parce qu’il ne se souvient plus qui au juste l’aima. Il se rappelle seulement, l’été dernier. Ça brûlait le cœur et l’esprit, c’était sensuel, voluptueux, charnel. C’était l’ardeur, l’ardeur des gestes et des rêves et des caresses et des sentiments et de l’ivresse et du néant.

Il avait commencé à écrire. C’était frénétique, furieux, extrême, et même belliqueux. Il voulait des pages blanches à l’infini, pour bâtir des montagnes. Il achetait de l’encre tous les jours, mais ce n’était jamais assez, à peine qu’il la touchait, elle se consumait en mille oiseaux de papier. Il savait que personne ne le croirait. Il écrivait à l’encre invisible, alors, exalté par toutes ces lignes de messages cachés. Ce qu’il oubliait, c’est qu’on approcherait bientôt des objets, la flamme d’une chandelle, et que se découvriraient des rimes couleur éternelle.

Il s’était senti vivant. Dans un torrent, comme une vitale vivacité retrouvée. Dans sa poitrine, un bruit résonnait fort. Et tout était transformé : plus de gris, plus de triste, plus de morne, plus d’ennui, plus de luxe, plus de peur, pluie d’envies. Il avait ouvert un livre. Au hasard, dans le soir, Eluard. « Moi je préfère me nourrir / De l’espoir d’une ardeur sans fin »

Il guérissait désormais. Les velours blancs lui avaient diagnostiqué un brasier dans le poumon. Ils paraissaient surpris, ils avaient l’habitude des nénuphars. Ça prenait racine, apparemment. C’était organique, viscéral, fou et incertain, si bien que demain, il serait peut-être déjà loin.

Et ils avaient compris, ce que c’était de vivre.

***

Avant lui d’autres ont vécu. Avant lui d’autres ont guéri. Avant lui d’autres ont brûlé. Avant lui d’autres ont écrit. Avant lui d’autres ont aimé.

Apollinaire à Lou, empressé, l’horloge sonne.

« Lou, si je meurs là-bas, souvenir qu’on oublie,
— Souviens-t’en quelquefois aux instants de folie,
De jeunesse et d’amour et d’éclatante ardeur, —
Mon sang c’est la fontaine ardente du bonheur ! »

Maupassant, avisé, le mystère se dissipe.

« La caresse, c’est l’épreuve de l’amour. Quand notre ardeur s’éteint après l’étreinte, nous nous étions trompés. Quand elle grandit, nous nous aimions. »

Char, prophétisé, la saison change.

« Dame qui vive, c’est elle ! Cœur loué, c’est le vent qui bosse. Il l’embellira en la décrivant à ceux qui n’ont pas rencontré son ardeur. On ne retient pas, dans la nuit où nous sommes, une dame frondeuse à l’ascendance chimérique. S’il te plaît de décider qu’elle existe, elle saura délivrer un cœur altéré et le remettre aux folies de l’esprit avant de se fondre dans le voisinage. Ou répéter à la joie qui meurt que la dernière neige, comme la première, est toujours bleue si le vent la fait tourbillonner. »

Breton, révolté, la lumière éblouit.

« La rébellion porte sa justification en elle-même, tout à fait indépendamment des chances qu’elle a de modifier ou non l’état de fait qui la détermine. Elle est l’étincelle dans le vent, mais l’étincelle qui cherche la poudrière. Je vénère le feu sombre qui passe dans tes yeux chaque fois que tu reprends conscience du tort insurpassable qui t’a été fait et qui s’exalte et s’assombrit encore au souvenir des misérables prêtres essayant de t’approcher à cette occasion. Je sais aussi que c’est le même feu qui fait pour moi si hautes ses flammes claires, qui les enlace en chimères vivantes sous mes yeux. Et je sais que l’amour qui ne compte plus à ce point que sur lui-même ne se reprend pas et que mon amour pour toi renaît des cendres du soleil. »

Rimbaud, impérieux, le choix n’est plus.

« Plus de lendemain,
Braises de satin,
Votre ardeur
Est le devoir. »

 

***

Pour les rendez-vous, les vrais, ceux qui conduisent à rencontrer l’âme-ardeur, ils sont partout, ils sont tout le temps. Du 3 au 19 mars.

Ça commence avec Le Grand Soir, lundi, au TNP, à Villeurbanne.
Ça s’achève au théâtre, un autre lundi, Porte Saint-Martin, à Paris.

Mais pour l’heure, promettez-moi de vivre, au-delà de Mars, emportez les armes de son Dieu, car « plus que jamais la poésie est urgente, vitale comme le pain et le vin, nécessaire comme la pluie et le soleil, les néons et les nuits polaires. » André Laude

***

Les premiers chapitres de l’histoire, de l’insurrection poétique au récit des origines, sont une invitation à poursuivre votre fervente trajectoire.

* Dans l’ordre d’apparition : Poèmes à Lou, Les Caresses, Effilage du sac de jute, Arcane 17, Une saison en enfer.

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