Éric Vuillard & André Breton / Le 14 juillet et Les États Généraux

c’est le désir qui flambe
hier encore aujourd’hui
des cris qu’on écrit

Dialogue de générations. Faire éclater l’histoire linéaire, l’histoire qu’on assimile pièce par pièce, où la page se tourne, aussi vite que le souvenir s’efface. Rétablir des contemporanéités, savoir comment vivre ensemble. D’abord Éric Vuillard et puis André Breton, dans le désordre, ou plutôt, dans le seul ordre qui vaille, le 14 juillet et puis les États généraux, les nouveaux États généraux. « Il y aura toujours une pelle au vent dans les sables du rêve », sentence éclair, éclair d’une nuit, qui a guidé le poète pour écrire un poème-événement, un poème-épopée, un poème-testament, alors qu’il est exilé de l’autre côté de l’Atlantique, autour de 1940, et que le monde s’effondre. De l’autre côté, on creuse l’histoire, avec les mots des foules, la somme des anonymes, ceux qui n’ont pas voulu se nommer, qui ont échappé à l’échafaud et à l’Histoire, avec un grand H. C’est le peuple qu’on raconte, la voix souveraine, la parole honteuse, malheureuse, amoureuse, courageuse, celle qu’on n’entend pas, qu’on ne veut pas entendre. Les écrivains, sentinelles, veilleurs, allumeurs de réverbères comme François, font place sur la feuille blanche, pour ceux qui n’ont d’autres espaces, pour croire en la force de leurs désirs.

***

« Dis ce qui est dessous parle
Dis ce qui commence
Et polis mes yeux qui accrochent à peine la lumière »

« Mirabeau prononça alors sa grande phrase commençant par le peuple et terminant sur la force des baïonnettes. Ah ! c’est comme si parfois un homme avait attendu toute sa vie de dire quelques mots, que ces mots le possédaient tout entier, le retenaient entre leurs syllabes, lui faisant expier tout le reste, et qu’ils portaient en eux, dans le drapé de la formule, un mélange d’évidence et de mystère, de grandeur et de trivialité, où l’humanité trouve son augure. Oui, Mirabeau parle. Il est un sentiment, une vérité. Nul ne peut plus rien contre. Il dit. La grosse gueule s’ouvre pour la première fois avec autant de souffle et de culot. La volonté du peuple vient de faire son entrée dans l’Histoire. »

« Dis ce qui est sous le matin sous le soir
Que j’aie enfin l’aperçu topographique de ces poches extérieures aux éléments et aux règnes
Dont le système enfreint la distribution naïve des êtres et des choses
Et prodigue au grand jour le secret de leurs affinités
De leur propension à s’éviter ou à s’étreindre
À l’image de ces courants »

« Il faut écrire ce qu’on ignore. Au fond, le 14 Juillet, on ignore ce qui se produisit. Les récits que nous en avons sont empesés ou lacunaires. C’est depuis la foule sans nom qu’il faut envisager les choses. Et l’on doit raconter ce qui n’est pas écrit. […] Ainsi, même quand il ne reste rien, seulement un nom, une date, un métier, un simple lieu de naissance, on croit deviner, effleurer. Il semble qu’on puisse entrevoir un visage, une allure, une silhouette. Et, entre les mâchoires du temps, on croit parfois entendre des voix.  […] Il y a Poulain, ouvrier à bras, Vachette, journalier, Jonnas d’Annonay, Jacob du Bas-Rhin, et Secrettain de Boissy-la-Rivière, et Raison, et Cimetière, et Conscience, et Soudain, et Rivière, et Rivage. »

Bruit de grand fracas. Accumulation des événements, le tonnerre gronde. Il y a urgence, il y a injonction, il faut dire, il faut écrire. Par tous les moyens, matérialiser ce qui se passe. Donner corps, donner voix au mouvement, donner étoile au courant. « Enfreindre la distribution naïve des êtres et des choses », car la conscience raisonnable se noie dans le brouillard. Pourtant, une autre « Conscience », elle, se bat aux côtés de « Poulain », et les noms propres, les noms communs, ce ne sont déjà plus qu’un. Au milieu des foules se tiennent d’autres silhouettes, elles n’ont pas de visages, pas de mains, pas de jambes, elles ne parlent pas, ne courent pas, mais elles échappent à toutes les vagues, à toutes les armes, elles ont les traits d’un paysage qu’on découvre, qu’on habite enfin, elles sont les cristallisations de générations, qui ont essayé, qui ont balbutié, qui ont dit « non » : Raison, Cimetière, Soudain, Rivière, Rivage. Et il faut ajouter : Ravage, Orage, Courage. Et d’autres encore, qui étincellent, quand, Soudain, les consciences convergent.

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« À gauche le présent il porte des cornes blanches de taureau d’où retombent des plumes d’oies sauvages
Il s’avive par places de mica comme la vie au parfum de ton nom qui  est une mantille mais celle même dans l’immense vibration qui exalte l’homme-soleil et je baisse les yeux fasciné par cette partie déclive de ta lèvre où continuent à poindre les rois mages
En haut l’avenir il porte des cornes jaunes de taureau dardant des plumes de flamant
Il est surmonté d’un éclair de paille pour la transformation du monde»

« Paris est désormais au peuple. Tout chaviré. Aiguisé. Se baignant aux fontaines. La nuit est tombée. De petits groupent marchent sur les barrières. Ce sont des bandes d’ouvriers, de menuisiers, de tailleurs, gens ordinaires, mais aussi des portefaix, des sans-emplois, des argotiers, sortis tout droit de leur échoppe ou du port au Bled. Et dans la nuit de la grande ville, il y eut alors une étincelle, un cri de mica. L’octroi fut incendié. Puis un autre. Encore un autre. Les barrières brûlaient. Ce qui brûle projette sur ce qui nous entoure un je-ne-sais-quoi de fascinant. On danse autour du monde qui se renverse, le regard se perd dans le feu. Nous sommes de la paille. »

Chemins de traverse, constellations, la même parole sonde le temps. Elle fait brèche, elle surgit, elle dit encore une fois : le mica, la paille, le soleil et le feu. Elle est inattendue, on lit une fois, une autre page, un autre livre, et c’est encore un souffle familier. On glisse du récit, de l’imparfait, du passé simple, simplifié, au présent. Il faut lire l’histoire, l’Histoire, toujours à-présent, où fusionnent les cadres spatio-temporels. Car il n’y a jamais eu de cadres, jamais de barrières, jamais de limites, mais un flux tendu, vertical, où seul l’instant, chargé temporellement, s’offre à celui qui a accepté de vivre, qui a refusé de suivre. « Nous sommes de la paille », il suffit d’une seconde, pour y déchiffrer l’irréductibilité de la fronde.

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« L’énergie il ne s’agissait que de l’amener à l’état pur
Pour tout rendre limpide
Pour mettre aux pas humains des franges de sel
Il suffisait que le peuple se conçut en tant que tout et le devînt
Pour qu’il s’élève au sens de la dépendance universelle dans l’harmonie
Et que la variation par toute la terre des couleurs de peau et des traits
L’avertisse que le secret de son pouvoir
Est dans le libre appel au génie autochtone de chacune des races
En se tournant d’abord vers la race noire la race rouge
Parce qu’elles ont été longtemps les plus offensées
Pour que l’homme et la femme du plus près les yeux dans les yeux
Elle n’accepte le joug lui ne lise sa perte
Chantier qui tremble chantier qui bat de lumière première
L’énigme est de ne pas savoir si l’on abat si l’on bâtit »

« On dirait que Paris vient d’être frappée par une immense baguette de sourcier ; de toutes parts, ça s’écoule, entre les murs jaunis, à travers les jardins et le long des fosses. Il y a des gens partout. Il faut imaginer ça. Il faut imaginer un instant le gouverneur et les soldats de la citadelle jetant un œil par-dessus les créneaux. Il faut se figurer une foule qui est une ville, une ville qui est un peuple. Il faut imaginer leur stupeur. Il faut imaginer le ciel obscur, orageux, le lourd vent d’ouest, les cheveux qui collent au visage, la poussière qui rougit les yeux, mais surtout, la foule de toutes parts, aux bords des fossés, aux fenêtres des maisons, dans les arbres, sur les toits, partout. »

« Je ne suis pas comme tant de vivants qui prennent les devants pour revenir
Je suis celui qui va »

« Et Rousseau, François Rousseau, dont la profession merveilleuse est d’allumer les réverbères, ne veut pas être en reste. Il ne pense même pas à se battre et, comme si la Bastille allait tomber toute seule, parce qu’ils le désirent tous, il avance sans réfléchir, parmi les autres, en tenant Joseph Dumont par la manche ; il se laisse emporter par le courant. »

La phrase se rattrape, l’incise maligne, malentendu, vous y avez cru, on devinait le grand sage, allumeur de lumière, mais ce n’est pas Jean-Jacques, c’est François, modeste François, mais qui, lui aussi, va, s’avance, accepte d’être au-delà de lui-même. « Il suffisait que le peuple se conçut en tant que tout et le devînt. » Quête d’harmonie, de réconciliation, de réunion, mais personne ne se laisse tromper. On n’efface pas le conflit, les tensions, équilibre toujours précaire des contraires. « L’énigme est de ne pas savoir si l’on abat si l’on bâtit. » Avec les mots aussi, on est prudents, mais tout se métamorphose, se confond. La foule est ville, la ville est peuple. Les briques de pierre sont de la partie : elles répercutent l’écho des courants, sans elles, la terre serait nue, le peuple à la merci du ciel. Cette fois, c’est le désir qui gagne, le désir qui anime, depuis l’origine, depuis qu’on dit anima, animus, pour dire vie, pour dire âme, pour dire colère, pour dire énergie, pour dire qu’on ne cèdera pas.

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« Une des idées mendiantes qui m’inspirent le plus de compassion
C’est qu’on croie pouvoir frapper de grief l’anachronisme
Comme si sous le rapport causal à merci interchangeable
Et à plus forte raison dans la quête de la liberté
À rebours de l’opinion admise on n’était pas autorisé à tenir la mémoire
Et tout ce qui se dépose de lourd avec elle
Pour les sous-produits de l’imagination
Comme si j’étais fondé le moins du monde
À me croire moi d’une manière stable
Alors qu’il suffit d’une goutte d’oubli ce n’est pas rare
Pour qu’à l’instant où je me considère je vienne d’être tout autre et d’une autre goutte »

« Plus tard, lui le petit péquenot deviendra général sous la Convention. Après la chute de Robespierre, il passera un an en prison. Il y écrira ses mémoires, dont la première phrase : « Je suis né d’une famille pauvre » est en soi une nouveauté. Il faut pour cela se souvenir de ceux de La Rochefoucauld qui commence ainsi : « J’ai passé les dernières années du ministère du cardinal Mazarin dans l’oisiveté que laisse d’ordinaire la disgrâce… » »

L’accusation est latente, il est certain que le procès sera fait : l’anachronisme ! maladie des fabulateurs qui entremêlent les époques, les événements, les souvenirs ! C’est qu’ils inquiètent avec leur plume. Ils défient le kronos, le décompte des faits, l’attitude convenue face au passé. Un jour, un auteur m’a murmuré : « La chronologie, c’est la falsification de la vie elle-même. » Car l’audace n’est pas de notre côté, mais du leur. Ils nous ont appris à nous situer, à scander « et avant ? », « et après ? », sans jamais se demander « et maintenant ? ». L’expérience est composite, stratifiée : quand je marche, je rencontre les images accumulées de l’existence collective. Quand j’entends un nom, j’entends une conversation partagée, une promesse échangée. C’est ce qui arrive au « petit péquenot ». On l’appelle Claude Cholat. Le 14 juillet, « il croit en ce qu’il désire », il a 29 ans. Le brasier éteint, la rumeur se répand : la mort l’aurait enlevé. On refuse de le croire, il survit dans les mémoires, on l’imagine échappé aux Amériques, il demeure symbole, symbole d’un kairos, où la foule n’a que faire de ceux qui inventent les tombes, plus vite que les histoires. On préserve aussi Rossignol, anonyme de ce même jour, qui s’évanouit, mais dont la mélodie reste, comme le chant intemporel du refus.

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« Une fois pour toute la poésie doit resurgir des ruines (…)
La vision nocturne a été quelque chose il s’agit
Maintenant de l’étendre du physique au moral
Où son empire sera sans limites
Les images m’ont plu c’était l’art
À tort décrié de brûler la chandelle par les deux bouts
Mais tout est bien plus de mèche les complicités sont autrement dramatiques et savantes »

« La Bastille était devenue une simple maison à la porte de laquelle le monde frappait. Alors, scène irréelle, comme le portier de nuit qu’on réveille dans un hôtel et qui bâille, un invalide, ignorant tout de la rhétorique des grandes occasions, entrouvrit et demande poliment ce qu’on voulait. »

Au coeur du vacarme, il fallait une respiration. L’impensable confrontation : la violence d’un coup qui frappe et la candeur d’une phrase qui demande. « Ce qu’on voulait ». Vertigineuse interrogation. On voulait une renaissance, une poésie immense, une reconnaissance. Peut-être aussi un silence. Peut-être, aurait-il mieux fallu qu’il se taise ce vieux portier. Comment pouvait-il avoir tout ignoré ? Être resté sourd à ces siècles d’humiliation ? On voulait la dignité. On ignorait si sa politesse rachetait toutes les fautes, ou si elle enfonçait, plus lourdement encore, le clou de l’indifférence. Un abîme s’était dessiné, scène surréaliste, dans l’agitation. Incohérence, évidence contrariée, cet unique passage, ce seul présage pouvait témoigner de tous ces éclats d’absurdité.

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 « Ce que j’ai connu de plus beau c’est le vertige »

« Soudain, les émeutiers qui se trouvaient là furent bien étonnés de voir éclore, tout doucement, d’un trou dans le tablier du grand pont-levis, de l’autre côté du vide, un mot. Par une petite bouche, qui était en réalité destinée à un fusil de rempart, et donc à donner la mort, un billet fut glissé. Ce bref message était rédigé sur un tout petit morceau de papier, une antisèche. On l’avait roulé comme une sarbacane ; et l’on aurait dit qu’on se passait secrètement une lettre amour. Les assaillants cherchèrent un moyen de l’atteindre. On criait en tous sens, on était très impatient de le lire. C’est que depuis des siècles on l’attendait ce petit mot, un mot d’excuse peut-être, qui nous soufflerait que tout est fini, qu’on allait enfin partager, que ç’avait été une mauvaise blague, l’Histoire, qu’on y reviendrait plus, qu’à présent, on pouvait sortir tranquillement des tableaux de Le Nain et des chansons à boire, que c’en était terminé des salaires de misères, du mépris. »

Au-dessus du vide, le dernier acte tenait à un fil. Il fallait se faire funambule, braver le vertige, chercher des planches, pour atteindre ce maigre bout de feuille. Une parole pouvait tout racheter. On rapporte les pensées qui bourdonnaient dans les esprits. Combien des rêves les plus fous se sont gravés sur ce papier, non déplié ? Si on avait voulu les consigner, on aurait manqué de place. Toutes les pages des bibliothèques, insuffisantes. Imaginez qu’on écrive en continu, les milliers de mots qui s’attaquent, s’aiment, se défient, se contredisent, s’harmonisent dans les milliers d’esprits faisant face à la Bastille. Tâche impossible. Alors, on préfère la blancheur, qui n’exprime rien, mais annonce déjà tout, qui ne fige pas, mais déclenche un torrent d’images. Toi lecteur, lucide et sincère, je sais que tu t’es empressé, que tu voulais savoir aussi quelles lignes méritaient qu’on les traite ainsi. Quelles lignes de vie ou de mort, de fleur ou de fusil, se tenaient sur cette antisèche. Mélanges, bribes d’histoires, de connaissances, d’espoirs. Toi aussi, tu voulais, en secret, que ce papier soit une victoire.

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Ironie du sort, on ne sait jamais si nos mots sauvent, s’ils corrompent, s’ils réinventent la vie, s’ils capturent, s’ils nous mettent en retrait, s’ils entrent avec fracas dans le théâtre du monde. Chez Vuillard, on avance à pas de velours : « La véritable pierre de Rosette, celle qui permettrait d’être partout chez soi dans le temps, nous ne l’avons jamais trouvée. La vérité passe à travers nos mots, comme le signe de nos secrets. » Il y a aussi la figure d’un clerc, qui consigne méticuleusement dans les registres, l’après-14 juillet. Alors qu’une femme, une veuve, le fixe : « Il ne la voyait pas. Il écrivait. » Arrachement au réel, qui se joue sous nos yeux. Cependant, difficile de s’en remettre à cette conclusion. Difficile de céder à l’abstraction. Ce serait nous condamner à nouveau, nous renvoyer dans nos tours d’ivoires. Or, comme l’or, ou la couleur de l’aurore, il est certain qu’une immersion dans ce 14 juillet n’est jamais innocente. « Nous sommes de la paille ». Du côté du poète, le choix est plus tranché. On sait les échecs et les pouvoirs d’une poésie réconciliée avec la vie, on sait les dangers des formes trop lointaines, des écritures trop hermétiques, on veut inventer un autre possible. On veut conjuguer, ultimement, ce rêve premier « il y aura toujours une pelle au vent dans les sables du rêve » et cette nécessité, inexorable, « Dis ce qui est dessous parle / Dis ce qui commence ».

Il est des événements qui ne peuvent se concevoir, mais seulement s’imaginer. En s’imaginant, il y a déjà un pronom, une part de « soi », en même temps qu’une part d’une terre commune. Il y a ce qui échappe à toutes les analyses, qui découpent, séparent, classent. Il y a la force d’une vie, soumise à toutes ses injonctions adverses. Il y a ce qui est, ce qui a été, et ce qui peut être. Il y a cet ultime enseignement, donné au tournant des années 1950 par Julien Gracq, ami et grand lecteur de Breton : « L’imagination est une puissance majeure, souveraine, et incontrôlable, une contradiction décisive du réel, une instance suprême devant laquelle au contraire l’insignifiance opaque du monde extérieur va être citée et condamnée. » Il y a enfin la promesse de convertir le bruit, la colère, le refus en un puissant mouvement d’affirmation, qui ne se contente pas de noyer sous l’encre noire tous les cahiers vides, ou de jeter à l’eau toutes les archives, mais qui tend dans les rues, autant de papiers vierges qu’il en faudra, pour rendre le temps, incroyablement présent.

 

Dis ce que le feu hésite à dire
Soleil de l’air, clarté qui ose
Et meurs de l’avoir dit pour tous

René Char, Les loyaux adversaires
(Fureur et Mystère, 1948)

 

***

Éric Vuillard, 14 juillet, Actes Sud, 2016.
André Breton, Les États Généraux, Gallimard, 1968.

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