André Breton / Nadja

une porte a claqué
et c’était toi encore
fortune inespérée

 

inspiration

« J’ai pris, du premier au dernier jour, Nadja pour un génie libre, quelque chose comme un de ces esprits de l’air que certaines pratiques de magie permettent momentanément de s’attacher, mais qu’il ne saurait être question de se soumettre… J’ai vu ses yeux de fougère s’ouvrir le matin sur un monde où les battements d’ailes de l’espoir immense se distinguent à peine des autres bruits qui sont ceux de la terreur et, sur ce monde, je n’avais vu encore que des yeux se fermer. »

***

il m’a demandé si lire avait changé ma vie de tous les jours. Si les quantités de mots que j’absorbais m’étaient utiles, inspirants. J’ai réfléchi, le regard bleu lointain. J’ai répondu Nadja, Nadja c’est elle, c’est lui, c’est nous. Un peu d’ordre dans notre désordre : les faits-glissades, les faits-précipices élargissant nos horizons. Frappés par des éclairs qui feraient voir, le quotidien, enfin disponible et illuminé. Arraché aux horloges, aux tic-tacs, aux fausses lumières, aux panneaux publicitaires, il est nôtre. J’avais mécaniquement perdu l’habitude de respirer et les pages, les pages d’abord blanches, puis noircies, puis à nouveau blanches ont tout métamorphosé.

***

« André ? André ? Tu écriras un roman sur moi. Je t’assure. Ne dis pas non. Prends garde : tout s’affaiblit, tout disparaît. De nous, il faut que quelque chose reste… Mais cela ne fait rien : tu prendras un autre nom : quel nom, veux-tu que je te dise, c’est très important. Il faut que ce soit un peu le nom du feu, puisque c’est toujours le feu qui revient quand il s’agit de toi. »

Josef a oublié le nom d’Irena, vingt ans plus tard chez Kundera. Le fantôme de l’absence, puis de l’oubli. Nadja a trouvé, la solution – espérée, comme son nom, « espoir » en russe. Toutes les collisions inattendues mais inévitables de nos existences, sauvegardées par le papier. Des étreintes à l’abri du temps, dessinées à la fleur des amants. Des cœurs qui tambourinent fort, qui continuent longtemps, le brasier toujours étincelant. Tous les rendez-vous ne sont pas vains, tous ceux qui s’embrassent et s’enlacent ne sont pas rien, juste une trace.

« Avec la fin de mon souffle, le commencement du vôtre »
« Le rose est mieux que le noir, mais les deux s’accordent »
« Devant le mystère. Homme de pierre, comprends-moi »

 

expiration

Breton, fervent surréaliste, a décidé d’écrire un roman. Mais le goût de la provocation, de la révolution ne disparaît pas. Ce sera deux principes anti-littéraires : écrire avec des images, récit chirurgical. Revenir sur les événements du passé, en quête de subjectivité. « Qui suis-je ? » ouvre le texte et déjà, il brouille les pistes. Il faut être patient pour entrer dans l’intimité. Des poudres de souvenirs, d’instantanés juxtaposés… c’est un palais, un dédale de mémoire.

« Qui étions-nous devant la réalité, cette réalité que je sais maintenant couchée aux pieds de Nadja comme un chien fourbe ? Sous quelle latitude pouvions-nous bien être, livrés ainsi à la fureur des symboles ? (…) D’où vient que projetés ensemble, une fois pour toutes, si loin de la terre, dans les courts intervalles que nous laissait notre merveilleuse stupeur, nous ayons échangé quelques vues incroyablement concordantes par-dessus les décombres fumeux de la vieille pensée et de la sempiternelle vie ? »

LA FUREUR DES SYMBOLES.

Elle pourrait inaugurer un manifeste. Elle pourrait promettre que rien ne sert d’être aveugle aux indices de la nuit. Il suffit d’allumer des bougies, d’être patient, ou poète, et de déchiffrer les toiles invisibles. À chaque aurore, à travers chaque fenêtre, derrière chaque porte, elle a caché quelque chose. Quête éternelle, las parfois, mais qui retrouve son éclat, dès que se glisse dans nos précipices une autre Nadja.

LA BEAUTÉ SERA CONVULSIVE OU NE SERA PAS.

TOUTE ACTION RÉVOLUTIONNAIRE DANS LA CULTURE NE SAURAIT AVOIR POUR BUT DE TRADUIRE NI D’EXPLIQUER LA VIE, MAIS DE L’ÉLAGIR.

***

[…]

J’aperçois pourtant une fleur, frêle de printemps, sauveuse d’instant.

faites passer le mot

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