André Breton / L’amour fou

une fulgurance d’étoile
et toi l’ombre du monde
la lumière de l’aube

 

 

inspiration

« J’avais choisi d’être ce guide, je m’étais astreint en conséquence à ne pas démériter de la puissance qui, dans la direction de l’amour éternel, m’avait fait voir et accordé le privilège le plus rare de faire voir. Je n’en ai jamais démérité, je n’ai jamais cessé de ne faire qu’une de la chair de l’être que j’aime et de la neige des cimes au soleil levant. De l’amour je n’ai voulu connaître que les heures de triomphe, dont je ferme ici le collier sur vous. »

***

c’était une révélation, c’était le sens caché, c’était ce qui était là, depuis le début, mais qu’on s’était refusé à voir. C’était les signes, c’était les preuves, les montagnes de preuves, accumulées depuis des mois, devant nos yeux fermés. C’était comme si l’univers avec conspiré, qu’il avait réconcilié réalité et sujet, hasard objectif, rencontre et nécessité capitale. D’abord Lautréamont, et puis Breton, et puis les autres, et puis nous.  On pouvait retracer une ligne dorée, un chemin, le même c’est certain. Un jour j’ai promis de renoncer au fortuit, aux coïncidences, un jour c’était une nuit de décembre, c’était un cadeau, un présent qui disait : là, tu vois, enfin, tu ne peux plus démentir les dessins – les desseins – du destin.

***

« Le 14 août suivant, j’épousais la toute-puissante ordonnatrice de la nuit du tournesol. »

dix ans plus tôt, dix ans avant, il avait déjà tout écrit. L’amour essentiel, vibrant, unique et survivant à tous les naufrages du temps. Au précipice de la folie, du génie, d’une prophétie ou seulement d’une facétieuse vie. Malicieux constructeurs de l’ombre, vous fomentez des coups d’éclat, des coups d’éclairs. Les clés, elles sont là ; éphémères toutefois, car c’est qu’il serait périlleux de ne plus manœuvrer à couvert.

***

« C’est comme si tout à coup la nuit profonde de l’existence humaine était percée, comme si la nécessité naturelle, consentant à ne faire qu’une avec la nécessité logique, toutes choses étaient livrées à la transparence totale, reliées par une chaîne de verre dont ne manquât pas un maillon. »

j’étais certaine d’avoir rédigé ces lignes. Dans la précipitation, l’abrupte comparaison, ce souffle semi-saccadé, qui tout juste, laisse s’échapper des vérités filantes. Il a combattu les contraires, les armées de pierres, les rieurs réfractaires, pour accoucher de la résolution finale. Comment pouvait-on encore croire que rien dans notre monde n’entretenait de mystérieuses correspondances ?

 

expiration

Avant, il y a eu Nadja, et c’était déjà un coup de marteau porté à l’échafaud du rationnel. C’était déjà un livre-compagnon, un livre-boussole, un livre-manifeste. L’Amour fou, c’est alors un livre-testament. Mais loin de la nostalgie, c’est un témoignage incandescent. Un témoignage furieux d’exister, furieux de désirer, furieux d’amour. Et la fureur, c’est aussi la force de la création. Recomposer son propre rapport au monde et aux êtres, pour en dévoiler toute la splendeur.

« Les hommes désespèrent stupidement de l’amour – j’en ai désespéré – ils vivent asservis à cette idée que l’amour est toujours derrière eux, jamais devant eux : les siècles passés, le mensonge de l’oubli à vingt ans. Ils supportent, ils s’aguerrissent à admettre surtout que l’amour ne soit pas pour eux, avec son cortège de clarté, ce regard sur le monde qui est fait de tous les yeux de devins. Ils boitent de souvenirs fallacieux auxquels ils vont jusqu’à prêter l’origine d’une chute immémoriale, pour ne pas se trouver trop coupables. Et pourtant pour chacun la promesse de toute heure à venir contient tout le secret de la vie, en puissance de se révéler un jour occasionnellement dans un autre être. »

Car rien ne s’achève jamais, rien ne prend jamais fin, si tant qu’on regarde par-dessus les champs de tournesol, si tant que le ciel et le soleil sont les seules données matérielles et irréelles.

« Le fait de voir la nécessité naturelle s’opposer à la nécessite humaine ou logique, de cesser de tendre éperdument à leur conciliation, de nier en amour la persistance du coup de foudre et dans la vie la continuité parfaite de l’impossible et du possible témoignent de la perte de ce que je tiens pour le seul état de grâce. »

Ce sera alors la grâce et la beauté – érotique-voilée, explosante-fixe, magique-circonstancielle – qui régiront l’expérience et porteront le blason de l’évidence. Et puis il y aura toi, toi que je ne connais pas, pas déjà, qui tapisse les murs d’indices.

***
[…]

Un homme est cependant arrivé. Il a ajouté, à destination de l’Aube : « Je vous souhaite d’être follement aimée. »

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